En me rendant dans une agence du Crédit Immobilier de France ce mardi
4 septembre, j’ai eu la malheureuse surprise de trouver en pleine
après-midi close la porte de son agence. Soucieux de savoir ce qu’allait
devenir mon argent, je décide de contacter sur son portable l’employée
qui avait affiché derrière la porte vitrée de l’entrée la mention “En rendez-vous extérieur, Mme… 06…“
Après plusieurs appels infructueux, j’utilise son répondeur vocal
pour lui faire part de mon inquiétude. Sans nouvelle encore le
lendemain, je décide d’appeler de nouveau son agence mais ma
communication est automatiquement redirigée vers le siège régional.
Une interlocutrice m’explique que la personne en question est en
vacances… En vacances ? Mais alors, pourquoi l’affichette sur la porte
de son agence m’indique-t-elle qu’elle est en rendez-vous extérieur ?
Puis la conseillère du siège régional lâche le morceau au téléphone :
“On vit au jour le jour, nous ne savons pas ce que nous allons
devenir. La direction nous donne des informations au compte-goutte. Nous
nous sentons trahis par la hiérarchie. J’ai peur pour mon emploi, ma
famille, mon avenir… pourtant nous avons des fonds propres… En arrivant
lundi matin, même si depuis plusieurs mois, le vent commençait à
tourner, le ciel nous est brutalement tombé sur la tête et nous savons
de source interne qu’une autre banque est proche de la même chose que
nous…“
A l’autre bout du fil, je sentais les larmes monter aux yeux de cette
employée qui sentait le sol se dérober subitement sous ses pieds,
remettant en question des années de dévouement.
Je savais que cet établissement venait de faire faillite
vendredi 31 août et je n’étais donc qu’à moitié surpris de la porte
close.
L’agence de notation Moody’s venait d’abattre en plein vol la
deuxième banque spécialisée de notre pays… Pour préciser les faits, je
ne suis pas client, mais apporteur d’affaires pour le deuxième
établissement de crédits immobiliers français : le Crédit Immobilier de
France.
Alors, réalité ou fiction ?
Ce n’est donc pas réellement mon argent mais celui d’un de mes
clients qui a contracté un prêt il y a quelques années. Et je voulais
m’assurer que la “gestion en extinction” (1), comme disent pudiquement
les médias, soit réalisée de manière conforme aux engagements de chacun.
Cette institution n’est pas une banque de détail qui détient des
dépôts, mais un établissement qui emprunte à flux tendu sur les marchés
financiers pour prêter à une clientèle qui accède à la propriété. Une
clientèle dite subprime en jargon puisque dépourvue de grosse garantie.
Moody’s a signé l’arrêt de mort du Crédit Immobilier de France en
constatant que cet établissement se consacre à une activité nuisible au
bilan des prêteurs sur les marchés. Ce n’est pas le CIF que Moody’s a
noté, mais bien les risques de prêter au CIF.
En effet, la prévision d’une baisse de 20% des prix de l’immobilier français met en grave danger les prêteurs de cette banque de crédit subprime. Car qui dit prix en baisse dit valeur hypothécaire en baisse et donc garanties qui deviennent insuffisantes.
Le CIF est la représentation parfaite de la destruction monétaire. La
croissance actuelle se finance par le crédit. Toute diminution du
volume de crédits accordé diminue donc la croissance et se traduit par
une récession. C’est pour cette raison que les dettes grossissent
jusqu’à échapper à tout contrôle.
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La création d’argent par le crédit mène invariablement à
l’effondrement de l’économie qui utilise ce levier, sauf à admettre que
les dettes ne seront jamais remboursées.
En effet, le remboursement
d’une dette correspond à une destruction de l’emprunt correspondant, et
donc de la monnaie ayant servi à l’acquisition d’un bien ou d’un
service.
En l’occurrence, le Crédit Immobilier de France vient de découvrir ce
que veulent dire réellement les mots : “destruction monétaire”.
Malheureusement, d’autres établissements financiers vont suivre… car
c’est ainsi que fonctionne l’économie du crédit :
"Elle n’est viable que
si le crédit reste en expansion. Or le secteur privé est désormais dans
une phase de contraction du crédit."
(1) C’est-à-dire la fin des activités du CIF et le transfert de ses obligations